24/03/2009
Madagascar
Andry Rajoelina installé dans ses fonctions de président de la HAT - Contre-manifestation pacifique
Andry Rajoelina a été officiellement installé, samedi, aux fonctions de Président de la Haute Autorité de la Transition ( HAT ) qu’il a briguées - contre vents et marées - après une crise de plus de deux mois sans précédent dans les annales de Madagascar avec une foule de partisans prêts à en découdre à tout prix avec l’ancien Président Marc Ravalomanana sur la mythique Place du 13 mai , à Antananarivo. « Mythique » car, c’est ici que les Malgaches font et défont les régimes et leur Président : 1972, 1991, 2002 et actuellement 2009 .La cérémonie solennelle s’est déroulée au stade municipal de Mahamasina en présence de près de 50 000 personnes. Andry Rajoelina a reçu l’écharpe présidentielle des mains du Grand Chancelier Etienne Ralitera après que le Président de la Haute Cour Constitutionnelle ( HCC ) Jean Michel Rajaonarivony ait souligné dans son intervention la raison pour laquelle cette haute juridiction ait légalisé les ordonnances relatives au transfert de pouvoir vers Andry Rajoelina - dit « TGV » via le Directoire Militaire à qui - avant sa démission le mardi 17 mars - Marc Ravalomanana a confié les pleins pouvoirs. « L’intérêt supérieur de la Nation pour sortir de la crise a été l’esprit qui a guidé les hauts conseillers pour trancher sur le dossier » a déclaré Jean Michel Rajaonarivony. L’équipe de ce dernier a été remplacée - quelques heures plus tard - par une autre HCC à la mesure de TGV. Ainsi , une institution de plus qui part aux oubliettes après la suspension de l’Assemblée nationale et celle du Sénat. L’Armée divisée entre « pro – légalistes » et « pro – TGV », a donc préféré remettre les pleins pouvoirs à Andry Rajoelina. Andry Rajoelina a annoncé, au cours de cette cérémonie, à Mahamaina, la libération de 37 prisonniers politiques: entre autres Pety Rakotoniaina, Général Fidy, Voninahatsy Jean Eugène, Général Bolo, Colonel Coutiti. Certains de ces prisonniers sont des proches du régime Ratsiraka et ont été accusés d’avoir participé aux dynamitages de ponts pour isoler la capitale en 2002. Une ombre au tableau de TGV. L’absence des représentants de la Communauté internationale ( ONU, Pnud, Union Européenne, Banque Mondiale, FMI … ainsi que ceux des ambassades étrangères accréditées à Antananarivo ) à ces réjouissances des « TGVistes ». L’Union Africaine, elle, entend connaître dès maintenant le calendrier des élections. A cet effet, elle a dépêché, à Antananarivo, une mission qui s'est entretenue avec Ny Hasina Andriamanjato, ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de Transition. Il s’agit de Ablasse Oudraoego, envoyé spécial du Président de la Commission Africaine Jean Ping ainsi qu'un haut fonctionnaire au département de la Paix et de la Sécurité à la Commission de l’UA, Salvator Nkeshimana. Rappelons que l’Union Africaine durant, la 181è réunion de son Conseil de Paix et Sécurité qui s'est tenue, à Addis-Abeba, le 20 mars dernier, a décidé "de suspendre la participation de Madagascar aux activités de l’Union jusqu’à la restauration de l’ordre constitutionnel dans le pays". Le même conseil a en outre exprimé "sa détermination à imposer toutes les mesures prévues par la Décision d'Alger de juillet 1999, la Déclaration de Lomé de juillet 2000, l'Acte constitutif de l’UA et le Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité, y compris des sanctions, à l’encontre des auteurs d’un changement anticonstitutionnel et de tous ceux qui contribuent au maintien de l’illégalité, si l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli". Lundi, en début de soirée, l’UA demande la tenue dans les plus brefs délais d’assises nationales pour organiser des élections d’ après une dépêche African Press. La Communauté de Développement d’Afrique Australe ( SADC) dont est membre Madagascar organisera pour sa part, d’ici la fin du mois de mars, à Johannesburg, une réunion pour réfléchir à d’éventuelles sanctions contre la Grande île, après la prise de pouvoir « antidémocratique » par Andry Rajoelina soutenu par l’armée, a indiqué vendredi à la presse le ministre sud-africain de la Défense, Charles Nqakula. “Nous voulons être certains que ceux qui ont usurpé le leader démocratiquement élu ressentent l’effet des sanctions”. Notons que, le samedi 14 mars, ce sont plus de 200 Malgaches et amis de Madagascar qui se sont retrouvés, devant Radio France, à Paris, à l’appel du Comité de soutien de la démocratie à Madagascar et du président élu, Marc Ravalomanana, du TIM-Europe et du RMM - Europe. Les manifestants ont condamné les actes terroristes perpétrés par Andry Rajoelina et la vaste campagne de désinformation menée par l’ensemble des média francophones (RFI et France 24 en tête) .“Il faut arrêter TGV avant qu’il ne fasse plus de victimes” ont scandé les intervenants. Les manifestants ont tenu à rappeler les réalisations de Marc Ravalomanana et de son gouvernement dans tout le pays, réalisations occultées par les média francophones. Plus de 1000 signatures ont été récoltées sur internet et sur place pour la défense de la démocratie et un traitement impartial et honnête de l’information par les média francophones en général et les chaînes de France Monde en particulier. A Antananarivo, samedi et lundi, sur la même Place de la démocratie, à Ambohijatovo, inaugurée , le 13 janvier dernier, par Andry Rajoelina, alors maire d’ Antananarivo-Ville, pour dénoncer le manque de liberté d’expression - le gouvernement de Marc Ravalomanana ayant fait démanteler l’émetteur de sa chaîne de télévision (Viva) pour avoir diffusé une interview de l’ancien Président Didier Ratsiraka en exil à Paris - les « anti-Rajoelina » et les « pro-Ravalomanana » ou tout simplement les « pro - légalistes » font le plein ( 5000 à10 000 manifestants qui disent ne pas en rester là ). « C'était un coup d’état. Nous réclamons le retour à la légalité constitutionnelle. Le fait que la HCC a validé la démarche de Andry Rajoelina ne suffit pas pour légaliser son régime », ont-ils martelé. Et, une jeune fille de scander dans la foule : « Comment peut - on oser répondre à la Communauté Internationale que ce n'est pas un coup d’état. Et, ces chars qui ont fait tonner, au petit matin du dimanche 15 mars, leurs canons au Palais Présidentiel d’Iavoloha ou ceux qui sont montés sur le Palais d’ Ambohitsorohitra avec des militaires armés jusqu’ aux dents. Et, ces prises de ministères … Heureusement que le Président Marc Ravalomanana a démissionné au lieu d’aligner une partie de l’Armée qui lui est restée fidèle face aux mutins. Cela aurait été un bain de sans » Des députés et sénateurs étaient présents à Ambohijatovo. Un véhicule militaire a tiré en l’air d’après des témoins pour intimider les manifestants. Une nouvelle manifestation est prévue mardi.


